expo metamorfose urbana
expo metamorfose urbana

Quand un artiste partage son talent

Frédéric Bourret est l'organisteur et le support de cette création à deux dont la première édition avait eu lieu à Lisbonne en 2024 avec un succès immense.

 

 

 

L’expo « Metamorfose Urbana » à Paris associe pour chacune des 30 oeuvres la patte de deux artistes : Frédéric Bourret, photographe reconnu et souvent exposé, et des peintres, graffeurs, illustrateurs, architectes, sculpteurs, scénographes… du Portugal. Ils transfigurent de très belles et pures photos de Paris en une création à deux. C’est magnifique.

 

 

Qu’un artiste décide de laisser d’autres artistes intervenir sur ses œuvres, ça n’est pas si fréquent. Frédéric Bourret prend le risque, et ça n’est pas la première fois. Ce photographe aime voir les autres réagir et agir sur ses clichés. Ici, ce sont ses images de Paris sur lesquelles des illustrateurs, graffeurs, actrice, écrivain, architecte, peintre… ont apposé leur patte. Et cela donne des œuvres encore plus riches, comme si on en avait deux pour le prix d’une !

 

 

Le défi de se mesurer à un autre artiste

 

 

Frédéric Bourret aime bien faire circuler les énergies. Ce Français dont la mère est grecque aime les villes, il part d’une idée, d’un coup de cœur et réalise des séries : déambulations urbaines, attente (du bus, en négatif), voyageurs d’un train, nu féminin, corps inanimés à la télé… A chaque fois, on reconnaît son cadrage, très graphique, fait de lignes de fuites et d’un détail. Frédéric Bourret a une sorte de compas dans l’œil qui guide son équilibre géométrique. Tout est juste dans ses photos, en harmonie, qu’il montre des corps, la mer, ou les villes de Paris ou New York. C’est peut-être ce qui a incité ces trente artistes à s’inscrire sans hésiter avec lui dans une création commune. Ce qui les rassure : la base est solide, pourrait-on résumer.

A eux ensuite de se montrer à la hauteur. C’était un challenge. Et chacun l’a relevé au-delà des attentes de l’auteur. « Ils m’ont tous surpris, avoue Frédéric Bourret. J’imaginais une chose, et, avec chacun, chacune, j’ai été totalement surpris, désarçonné. » Il a bien choisi ses partenaires : des caractères forts, des regards purs et indépendants, des poids lourds de l’art. Il y a entre autres le peintre Carlos Possolo, portraitiste officiel du président portugais en 2016, l’illustrateur Aka Corleone, l’architecte Ilya Semionoff, la sculpteur Nathalia Afonso, le couturier Charly Lavado, le scénographe José Grazina, l’actrice et metteur en scène Maria de Medeiros, le muraliste-graffeur Glaçon… ils sont tous emballés par la proposition.

 

 

Toujours une émotion à vif

 

 

C’est là qu’on se dit que si le monde était dirigé par des artistes, il serait moins conflictuel. Une évidence. Non que ces êtres sensibles n’aient ni égo, ni violence en eux. Mais ils sont curieux, ouverts, intéressés par les démarches novatrices, ils respectent le travail, qu’il soit créatif, mécanique, intellectuel ; ils mesurent l’engagement personnel. Ils collaborent. Et surtout, ils savent cultiver une sensibilité vivace. Jamais blindés. Sinon leur créativité meurt. Le contraire d’un homme politique, guerrier égotiste anesthésié.

Ces artistes ont reconnu leur pair en Frédéric Bourret. Un œil d’esthète dans un esprit mathématique. Un cerveau toujours en alerte. Nullement déconnecté des sciences, il sait créer un site internet, comprendre le langage des algorithmes. Mais connaît le danger des artifices de l’intelligence artificielle sans s’y laisser engloutir.

Tant de questions se posent aujourd’hui sur les créations générées par l’IA. On se souvient de Xania Monet, ou Sina Rose, ces chanteuses récentes fabriquées de toutes pièces et qui se retrouvent avec des millions de followers…. Et des contrats d’édition à 3 millions de dollars ! Sans avoir d’existence matérielle !

Les artistes de Metamorfosa Urbana sont, eux, bien réels. S’ils ont eu recours à l’ordinateur pour apposer leur griffe et « métmophoser » les photos de Frédéric Bourret, c’est avec leurs émotions et leurs désirs qu’ils ont créé. Des pièces pleines d’harmonie et d’inventivité. Si vous vous offrez une de ces œuvres, - de 450 euros à 8'000 euros,- eh bien, c’est leur sueur et leurs neurones que vous achèterez. Ce qui peut-être, va devenir une rareté.

 

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