Les films De Gaulle : Et maintenant ?
Les films De Gaulle : Et maintenant ?

Les deux volets sont sortis à un mois d'intervalle, le 3 juin et le 3 juillet. Ici l'avant-première à Lyon du premier. (Photo Pathé)

"De Gaulle" galvanisant 

Et maintenant ? 

 

 

Bientôt 4 millions d’entrées mais pas encore de bénéfices pour les producteurs. En revanche, un gros profit en terme d’impact : le diptyque « De Gaulle » réconcilie les spectateurs avec « la grandeur » de la France. Ca n’est pas rien... Question à 100 briques : y aura-t-il un effet « De Gaulle » aux prochaines élections ?

 

Et à la fin, la salle applaudit. On n’est pas en projection privée, ni en visionnage de promo. On est en semaine, séance de fin d’après-midi. J’ai vu les deux parties dans des salles différentes, des quartiers différents, le 19 ème et le 10 ème, des arrondissements pas réputés pour être « gaullistes » ; eh bien, au générique, l’audience dispersée du mois d’août tient à manifester son enthousiasme. Autour de moi, j’ai vu des spectateurs -trices de tous âges renifler, s’essuyer les yeux. C’est vrai que devant certaines images, la libération de Paris par exemple, on est très remué.

 

Simon Abkarian, acteur éblouissant, homme engagé

 

On aura passé en tout cinq heures et demie avec « le Général ». Cette figure dont on rêve aujourd’hui pour mener nos batailles du 21ème siècle. Le phénoménal Simon Abkarian, 64 ans, lui donne une densité puisée au cœur de ses origines déracinées : Arménien né en France, passeport libanais, grandi à Beyrouth dans la langue arabe, il a obtenu la nationalité française. « Quand je dis « la France », je mesure vraiment, je suis ému… » dit-il la gorge soudain serrée. Il a un physique à jouer les héros (et les caïds) : il a incarné Ben Barka (opposant marocain), le Général Oufkir (son poursuiveur), Manouchian le résistant… Il a tourné une soixantaine de films, une trentaine de téléfilms et séries, joué dans une centaine de pièces de théâtre, mis en scène et/ou réalisé, écrit une vingtaine de créations, bref, dans le milieu, c’est un poids lourd. Discret mais admiré. Et un homme engagé qui n’a pas hésité à écrire à Ursula Van der Leyen pour s’indigner du silence de l’Europe face à l’agression de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie en octobre 2022. Le rôle du grand homme sied à son intelligence.

 

Reconnecter les Français à leur… grandeur

 

Malgré son succès (3,5 millions d’entrées) le diptyque « De Gaulle » ne rentre pas dans ses frais. A 40 millions d’euros chaque film de 2 h 40, l’ensemble aurait dû cumuler 6 millions d’entrées, comme « Les 3 Mousquetaires » (qui a coûté 72 millions). Mais ce magnifique récit national spectaculaire et fédérateur a fait bien plus : il reconnecte le spectateur à ses valeurs. Osons même avancer qu’il est capable de reconnecter les Français – et assimilés – à leur grandeur. Au-delà de remettre nos fiches à jour sur l’Histoire, il plonge dans l’incarnation noble de la politique. Même si l’irrésistible Churchill apparaît comme un traître et un cynique. Un propos de Sir Winston au grand Charles nous fait réfléchir aujourd’hui : « L’Angleterre sera toujours aux côtés de l’Amérique. Je ne vous « donne » rien, j’exigerai toujours pour mon pays des dividendes en retour. Ainsi va le monde… » Quant à Roosevelt, on pourrait presque plaquer sur lui les discours primaires de Trump : « La France est vaincue, foutue, elle va nous obéir, c’est comme ça !» N’empêche, en pleine guerre mondiale, charismatiques et arrogants, les vrais chefs d’Etat étaient à la hauteur.

Et face à ces deux monstres anglais et américain, face à la lâcheté de Pétain et sa clique de médiocres, il y a l’autonomie, l’ambition, l’entêtement, la stratégie de de Gaulle. Un orgueil, aussi, on parlerait d’ego aujourd’hui. Mais fécond. La guerre, l’occupation, les situations extrêmes font émerger les natures d’exception. On pense à Zelensky.

Ici, on s’identifie facilement. Soldats, généraux, résistants, jeunes et vieux soumis à l’oppression. « Qu’aurais-je fait à leur place ? » La force d‘une conviction engendre ici le dépassement de soi. C’est plus fort que la foi religieuse. C’est un sentiment de survie, de fierté, de – allons z’y ! – de patriotisme, voilà. Un film galvanisant.

 

On rêve d’un Conseil de la résistance en Iran aussi

 

Je regardais ces deux films avec un Iranien. Sa première remarque : « Les Iraniens auraient besoin de ça : un « Conseil national de la résistance » à l’intérieur et à l’extérieur du pays. » C’est tellement juste. On pourrait comparer le pouvoir écrasant des nazis en France à celui des pasdarans en Iran. Est-ce pire aujourd’hui avec les capacités technologiques d’espionnage ? Le prix à payer est le même : des résistants et des résistantes meurent pour la cause. Et là, en guise de héros, (de « diva » dirait le veule général Giraud !), ils n’ont que la bonne volonté de Reza Shah qui aime son pays plus que tout. Mais qui n’y a pas grandi. N’y a pas souffert. Ne s’y est pas battu ni révolté. Et serait plus facile à manipuler que Charles de Gaulle. Les autres, les vrais opposants, ont été assassinés - par dizaines de milliers. Ou sont en exil. 

Quant à la France d’aujourd’hui, le Général parlerait d’un « quarteron » de prétendants – prétentieux… Désolant. Nul ne se détache de la masse par sa noblesse. Pas de grand homme au menu 2027 : ni vision, ni courage, ni dévotion au pays, ni discours clair et constant ; juste un arrivisme minable.

 

Antonin Baudry était la plume de Villepin

 

Voilà ce que ce diptyque démontre aussi en filigrane. Et ça n’est pas étonnant : le cinéaste, Antonin Baudry, a eu une première vie au service de l’Etat : conseiller de Dominique de Villepin au Ministère des affaires étrangères, puis de l’Intérieur, puis à Matignon, puis conseiller culturel à l’ambassade à New York. Sous un autre nom, Abel Lanzac, il écrit en 2010 « Quai d’Orsay », un scénario sous forme de BD sur la crise irakienne de 2002 (qu’il connaît bien, c’est lui qui a rédigé le discours de Villepin à l’ONU) ; gros succès, la bd devient un film de Bertrand Tavernier. En 2015, Baudry démissionne de ses fonctions culturo-politiques, change de voie, écrit son premier film, « Le chant du Loup », sur une « oreille d’or » dans les sous-mariniers français. Des héros très discrets, là encore. Passionnant.

En préparant De Gaulle pendant trois ans, Baudry a continué la politique à sa façon, il a fomenté un électrochoc chez les spectateurs : oui, redevenir grand, c’est possible.

Simon Abkarian, au jeu subtil, sans effets, incarne un de Gaulle crédible de bout en bout.

Les moments les plus savoureux de ce diptyque sont les affrontements entre les deux fauves : Churchill incarné par l’époustouflant Simon Russel Beale, 65 ans, acteur anglais né en Malaisie, n’en est pas à sa première incarnation du 1er Ministre : il l’a joué dans La Ruse de John Madden et dans une série, documentaire Dunkirk. On peut le voir dans la série House of the Dragon, où il incarne un gouverneur.

Antonin Baudry le réalisateur, et son acteur principal Simon Abkarian. On pourrait en citer plein : Nils Schneider (Gal Laclerc), Benoît Magimel (Gal Koenig), Anamaria Vartolomei (Livia, radio, résistante), Félix Kysyl (Jean Moulin), Daniel Betts (Eisenhower), Pierre Aussedat (Gal Cattroux), Florent Lesieur, Gégoire Colin, Loïc Corbery, Thierry Lhermitte etc…

 

Un film à voir : Le Triangle d’or

 

Dans le désert des sorties cinéma en ce mois d’août, une fois qu’on a vu les « de Gaulle », « Comédie Française » et « L’objet du délit », il en est un qui mérite toute notre attention, c’est « Le Triangle d’or », un premier film réalisé par Hélène Rosselet-Ruiz.

 

C’est une plongée émouvante et effrayante dans le monde secret des milliardaires arabes qui prennent à leur service du personnel qu’ils maltraitent et humilient. Et paient au noir. L’histoire se déroule presque exclusivement dans les décors contrastés d’un luxueux hôtel particulier parisien près des Champs Elysées (le Triangle d’or). Les interprètes sont formidables : Malou Khébizi dans le rôle d’une Française au service d’un prince arabe et de sa maitresse incarnée par Soundos Mosbah ; et il y a le chauffeur, Ziad Bakri, figure masculine à la fois serviteur et garde-chiourme. Tous sont justes, naturels, rapides, excellents. La réalisation, belle, très bien construite, sans dialogues inutiles, donne un suspens inattendu à ce huis-clos friqué, oppressif, inquiétant, révoltant. Les tensions montent, explosent. On tremble, on est choqué (e ), complètement dedans. Et on se demande si c’est vrai… Eh bien, oui, le scénario s’inspire d’une expérience vécue dans une famille séoudienne par Hélène Rosselet-Ruiz. Raison de plus pour courir le voir !

Le film est sorti le 29 juillet 2026, et a été présenté à Cannes. Vu le bon accueil Hélène Rosselet-Ruiz, 35 ans, travaille déjà sur son prochain scénario 

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