  Immersion dans les « Boum d’albums » À mi-chemin entre lecture, danse et concert live, le dispositif « Boum d’albums » propose une autre manière d’entrer en relation avec le livre, dès le plus jeune âge. Rencontre avec Marie-Lorraine Kerr et Mélanie Cessens, les codirectrices de l’Association Lirenjeu, à l’origine du projet. Qu’est-ce qu’une Boum d’album, et à qui s’adresse-t-elle ? Lirenjeu: C’est une expérience à la fois littéraire, musicale et dansée. On alterne des temps de lecture partagée avec des moments de mise en mouvement, guidés par une danseuse chorégraphe, le tout accompagné par de la musique live. Il y a des phases calmes, d’autres plus actives. Comme en lecture avec le tout-petit, c’est une invitation, jamais une obligation. On propose d’explorer le livre autrement, de questionner nos représentations de la lecture. Et cela s’adresse à tout le monde, idéalement dans un cadre intergénérationnel. Comment est née l’idée de mêler albums jeunesse, musique et danse ? Lirenjeu: Chez le tout-petit, la lecture passe par le corps. Il nous semblait important de lui donner toute sa place, de décloisonner les pratiques. La langue elle-même est musicale, alors pourquoi ne pas y ajouter de la musique réelle, et faire dialoguer les deux? Le choix des albums est essentiel: il faut des textes et des objets de qualité. On privilégie des récits courts pour répondre aux capacités attentionnelles des plus jeunes et pour maintenir le rythme ainsi que des formats variés pour enrichir l’expérience tactile et corporelle. Danser avec un livre, ce n’est pas anodin: sa taille, sa forme, sa matière influencent la manière dont on s’en empare. Qu’observez-vous chez les participants quand ils passent de la lecture au mouvement? Lirenjeu: on observe souvent, au départ chez les adultes, des représentations assez figées du rapport de l’enfant au livre. Le passage à la danse, écho artistique du besoin de mouvement du tout-petit lecteur, amène un relâchement. Les corps se détendent, les interactions changent. On voit les familles échanger, se parler, créer du lien. L’enfant devient médiateur, et le plaisir retrouve sa place. On se reconnecte à la lecture autrement. Une expérience sensorielle et collective Lors des différentes éditions, la participation a été forte: jusqu’à 120 personnes à la Maison de quartier de Saint-Jean, 80 à la Villa Dutoit au Petit-Saconnex. Les enfants explorent, observent, testent: certains vont même découvrir les instruments de musique. Une adaptation en institution À la crèche des Morillons, le projet s’inscrit dans un cycle proposé aux groupes de bébés. La première boum a été pensée avec précaution: un seul musicien, une attention particulière portée à l’impact des adultes inconnus. Quatorze enfants ont participé, chacun à son rythme. L’équipe insiste sur l’importance de l’adaptation : avoir des intentions pédagogiques, tout en restant à l’écoute des besoins du moment. Et la suite? Une prochaine Boum d’albums ouverte gratuitement et sans inscription au public se tiendra le 6 juillet au parc Trembley, de 16h à 18h. Marie-Lorraine Kerr & Mélanie Cessens, Codirectrices, animatrices-lectrices, formatrices lirenjeu.ch / https://lirenjeu.ch/cyberlettre/ info@lirenjeu.ch  Formation à la Maison de la Créativité  La compétence créative développe la curiosité, l’observation et l’expérimentation, et soutient la recherche de solutions exigées par de nouvelles contraintes. Pour traiter cette question et confronter actions et connaissances, la Maison de la Créativité propose des formations (catalogue sur demande), conférences, interventions en colloques ou encore des supervisions d’équipes. Les formations sur catalogue planifiées pour l’année scolaire 2026-2027 - Créativité et prise de risque: 29 octobre 2026
- Créativité et posture de l’adulte: 4 février 2027
- Créativité et matériel ouvert et polyvalent: 11 mars 2027
- Créativité, nature et environnement: 3 juin 2027
Plus d’informations sur le site: https://maisondelacreativite.ch/ Les formations et interventions sur demande pour l’année scolaire 2026-2027 - Formations à la carte, pour les équipes en semaine ou le samedi sur le terrain de l’institution ou ailleurs
- Interventions conférences
- Interventions colloques
- Supervision d’équipe
Toutes les demandes et inscriptions sont à formuler par e-mail: formations@maisondelacreativite.ch  Hommage à Jean-Paul Bari   Rendre hommage à Jean-Paul Bari, c’est parler d’un homme dont la vie fut profondément habitée par le souci des autres, par la transmission et par une certaine idée de l’humanité. Jean-Paul a consacré plus de vingt-cinq années de sa vie au service de l’enfance, de l’éducation et des familles, sans simplement exercer un métier mais en l’incarnant. Avec conviction, intelligence et cœur. Issu d’une famille de la migration italienne installée à Genève au début du siècle dernier, il grandit à Carouge qu’il adorait, terre populaire et vivante, où se forgent sans doute déjà chez lui ce regard attentif aux parcours humains, cette sensibilité aux origines, aux appartenances, aux transmissions. Très tôt, il comprend que les questions humaines et sociales ne peuvent être séparées des questions politiques. Après des études en science politique à l’Université de Genève, il s’engage dans la vie publique comme conseiller municipal à Carouge, avant de poursuivre un parcours académique exigeant, jusque dans la prestigieuse Université de Berkeley, en Californie. Mais Jean-Paul n’était pas un homme des concepts désincarnés. Toute sa vie, il aura cherché à relier la pensée à l’expérience, les savoirs à la vie réelle, les institutions aux êtres humains qu’elles servent. Consultant, chercheur, enseignant, formateur, chef de projets internationaux, il aura traversé de nombreux mondes sans jamais perdre le fil conducteur de son engagement: mieux comprendre l’humain pour mieux accompagner l’enfant. À Genève, son travail a profondément marqué les réflexions sur la petite enfance, la parentalité et les politiques familiales. Nombre de projets, de rapports et d’initiatives portent encore aujourd’hui son empreinte discrète mais durable. Il savait observer les mutations de la société sans jamais perdre confiance dans la capacité des femmes et des hommes à construire du sens ensemble. Son parcours l’a également conduit bien au-delà des frontières: en Roumanie, en Chine, au Vietnam, en Bosnie-Herzégovine. Ces expériences ont nourri chez lui une ouverture rare au monde, aux cultures, aux différences. Il aimait rappeler que « partout les enfants ont les mêmes étoiles dans les yeux ». Cette phrase résume peut-être mieux que toute autre son regard sur l’humanité. Mais c’est sans doute dans la formation des éducatrices et éducateurs de l’enfance que Jean-Paul a laissé l’empreinte la plus vivante. Pendant près de quinze ans, il a accompagné des générations de professionnelles et professionnels avec exigence, générosité et passion. Il ne formait pas seulement des compétences. Il éveillait des consciences. Il parlait de parentalité comme d’une rencontre. De l’éducation comme d’un engagement profondément humain. Il rappelait que les métiers de l’enfance demandent des savoirs, bien sûr, mais aussi une présence, une posture, une capacité à être touché par l’autre. Il aimait les livres, mais davantage encore les rencontres humaines. Il croyait que l’expérience vécue enseigne parfois plus que les théories. Il savait écouter. Il savait transmettre sans imposer. Il savait faire réfléchir sans jamais écraser. Dans son enseignement comme dans sa vie et ses derniers engagements, il cherchait toujours à donner « des racines et des ailes ». Des racines pour se construire solidement. Des ailes pour oser devenir soi-même. Cette phrase résonne aujourd’hui comme un héritage. Car Jean-Paul laisse derrière lui bien plus qu’un parcours remarquable. Il laisse une manière d’être au monde. Une manière d’accompagner les autres avec profondeur, délicatesse, humilité et humanité. À travers ses engagements, ses écrits, ses enseignements et ses projets, il aura contribué à rendre ce monde un peu plus attentif, un peu plus sensible, un peu plus humain. En fin de carrière, il a rejoint le comité de la Fédération genevoise des institutions de la petite enfance. Nous avons été honorés de sa présence et lui sommes reconnaissants pour son engagement et son soutien. Nous avons été très touchés par sa brutale disparition. Au moment de lui dire adieu, nous gardons en mémoire son intelligence vive, son humour, sa curiosité insatiable, son ouverture aux autres, son sens de la fête, son regard tendre sur l’enfance et cette conviction profonde qui l’animait: que l’éducation est avant tout une aventure humaine. Merci, Jean-Paul, pour cette belle transmission. Merci pour les racines. Merci pour les ailes. "Être arbre. Un arbre ailé. Dénuder ses racines dans la terre puissante et les livrer au sol, et quand, autour de nous, tout sera bien plus vaste, ouvrir en grand nos ailes et nous mettre à voler." Pablo Neruda, Cahiers de Temuco (1919-1920) Pour la FGIPE, Evelyne Broillet-Ramjoué, Présidente |