Le temps du Rhin

đź“· Samuel Botreau

« Hallo, hier spricht Lion 2 für Viking. Ich sehe etwas auf der rechten Seite und überhole Sie gerade an Backbord. » :  « Bonjour, ici le Lion 2 pour Viking. Je vois quelque chose à droite, je vous dépasse par bâbord. »

 

Conversation entre un pétrolier et un bateau de croisière. Le « quelque chose » à droite, c'est nous. Cet échange entre les deux capitaines, nous le recevons à la radio VHF, sur le Rhin « libre », entre Strasbourg et Mannheim. Notre mois de mai est celui d'un passage vers un autre monde. Après Mulhouse, nous quittons le petit canal du Rhône au Rhin pour naviguer sur un fleuve-frontière transformé en un grand caniveau, en une vaste chaîne d'approvisionnement.

 

Nous ressentons, ballotté par les vagues d’étraves de ces mastodontes de 3 000 tonnes, le cœur battant de la standardisation globale. Dans ses ventricules de béton circulent en continu des navires chargés de sable, de déchets, de pétrole venus des quatre coins du monde.

 

Fleuve cardinal du système économique et logistique de l'Europe occidentale, le Rhin est probablement l’une des expressions les plus saisissantes de l'expansion technologique et productive. Cette grande voie d'eau nous raconte une histoire difficile à avaler : celle de milliards de tonnes de sédiments déplacés, de méandres supprimés, d’entraves à la circulation des poissons… et de compensations écologiques clownesques qui bordent parfois le fleuve. Ces zones "renaturées" nous apparaissent presque insultantes tant le corps de la rivière apparaît lacéré et emmuré.

Car pour accomplir le rêve moderniste d’un flux sans blocage, la rivière, il faut la bloquer, de partout. Cette obsolescence destructrice qui a effacé nombre mémoire et savoir-faire locaux, donne tout autant le vertige que le La d’une méga-machine dans lequel nous évoluons malgré nous. 

Et dans cette matrice gourmande, ultra normative et inquiétante, la voile de notre bateau, gonflée d’un vent alpin, conduit lentement notre transhumance laborantine et nous regonfle dans notre volonté de réparer, de se rassembler et de ralentir.

La fin des canaux traditionnels

↓ Cliquez sur l'image pour lire la vidéo réalisée par Élise Charbey ↓

📷 Élise Charbey

Après cinq semaines d'attente à Dannemarie-Wolfersdorf, retenus par la fermeture du canal, le moment du départ a fini par arriver. Pour célébrer cette escale imprévue, devenue peu à peu un lieu d'attachement pour Lucas, qui a gardienné, enquêté et synthétisé son travail pendant que l'autre partie de l'équipe travaillait depuis la Touraine à la suite de ce programme déplacé, nous avons amarré La Fillonnerie devant la guinguette des « 100 Pâtes » et invité voisin·es, curieux·ses et ami·es à partager un moment au bord de l'eau.

Balades avec notre fidèle barque Renée, nombreuses visites du bateau, fête foraine low-tech, discussions de quai et concert de Chloé Löwy-Girardeau, artiste permanente à bord en featuring avec Jérôme, habitant de Dannemarie et saisonnier à VNF. La Fillonnerie s'est parée des pavois de Michel Gressier (merci Michel pour ce cadeau !) et s’est étirée de tout son corps en bois, en guise de signal de départ après cette longue pause printanière.

Nous quittons l'Alsace avec la sensation d'avoir trouvé beaucoup plus qu'un simple port d'attente.

📷 Thomas Frey

Strasbourg again

Le 16 mai dernier, BatoLabo faisait escale à Strasbourg au Phare Citadelle pour une soirée de projection en plein air sur la voile de La Fillonnerie. Organisé avec la HEAR (Haute école des arts du Rhin) et le Phare Citadelle, cette fraîche soirée printanière état dédiée à la découverte de l’univers d’étudiant·es de la mention « Enquêter, raconter ». Nous avons également diffusé le magnifique court métrage en 16 mm de Caroline Leroy, en résidence embarquée l’an passé sur l’Oise, intitulé : BatoLabo vogue sur l’eau, que nous vous invitons vivement à découvrir ici : 

↓ Cliquez sur l'image pour lire le film de Caroline Leroy ↓

đź“· Caroline Leroy

Barquabilité de l'Aar

Quoi de mieux qu’une petite barque et deux paires d’avirons pour prendre le pouls d’une petite rivière urbaine ? À la « convocation » d’un des représentant·es de l’Aar, nous avons entrepris d’arpenter ce cours d’eau de 3,2 km, qu’un groupe d’irréductibles parlementaires œuvre à rendre visible dans la sphère omnipotente des parlements de fleuves à gros débits. Comme le souligne l’un·e de ses représentant·es : « Elle ne se sacrifiera pas pour un Rhin. »

Très attaché à l’élaboration de conventions, notre collectif informel a soigneusement rédigé la très importante et influente accréditation de barquabilité de l’Aar.

đź“· Samuel Botreau / Charles Altorffer

L'ĂŽle Stella

Au cours de notre escale strasbourgeoise, nous étions invité·e·s par l’association “Chez Stella” pour visiter l’île qui hébergeait auparavant un verger puis un club de kayak aux abords de l’Ill. Cette zone artificielle, située dans la ceinture verte de Strasbourg, est le résultat de la terre excavée pour la construction du canal du Rhône au Rhin. Ce collectif oeuvre à expérimenter des façons d’habiter ce lieu par le recyclage, le réemploie en faisant avec ce qui est déjà là jusqu’à parfois laisser faire… L’enjeu est de renouer avec le vivant en étant à l’écoute de ce qui se vit sur cette île.

-> https://www.chez-stella.org

Cliquez sur l'image Ă  gauche pour visionner le film de Lisa Mercier et Teophil Lemaitre, de l'association Chez Stella.

Depuis l'eau

Le vendredi 22 mai 2026, Mathilde Gralepois (Professeure des universités de l’Ecole Polytechnique de Tours et chercheuse en aménagement-urbanisme à l’UMR CITERES) embarque sur BatoLabo de Mayence à Francfort dans le cadre du programme de recherche Fluvioscope. Son travail porte sur les projets urbains aux abords des cours d’eau. Et depuis le fleuve, le regard change radicalement. Le cours d’eau demeure un décors, un risque ou un objet à gérer. Mais il est rarement un acteur.C’est précisément ce que cette navigation vient interroger. Suite à son embarcation, elle défend l’idée que BatoLabo offre un point de vue depuis le cours d’eau, qui favorise un décentrage spatial pour considérer les opérations urbaines comme un lieu dans une continuité fluviale, sociale, culturelle, écologique en amont et en aval. Si certaines opérations d’aménagement s’inscrivent dans une perspective de résilience urbaine face aux risques d'inondation par exemple, le regard des acteurs de la fabrique urbaine ne part jamais du fleuve. Il est considéré comme un élément passif, à préserver ou à contrôler. Jamais comme un point de départ. 

đź“· Mathilde Gralepois

Passau, du 15 au 18 juin

Du 15 au 18 juin 2026, nous serons amarrés à Passau, ville des trois fleuves, pour quatre jours de rencontres scientifiques et artistiques.

 

Openboat : Des étudiants français de l'Université de Passau sont invités à bord chaque jour pour découvrir le projet et participer à des temps d'échange. Lucas Spadaro mène en parallèle des entretiens sur les attachements aux cours d'eau, dans le cadre du programme de recherche soutenu par le CNRS-MSHE de Besançon. Des interludes dansés et musicaux rythment les visites.

 

Le soir, nous avons la chance de proposer un featuring avec le poète et philosophe austro-congolais Fiston Mwanza Mujila, depuis le bateau, avec Chloé Löwy-Girardeau à la musique et Daphné Ackermann à la danse. Une rencontre entre, depuis et pour les fleuves.

 

Mardi matin, l'équipe BatoLabo présentera, en collaboration avec une chercheuse de l'Université de Passau, ses travaux de recherche dans le cadre des Semaines de la durabilité.

Lancement officiel de l'ICE Right of Nature

📷 un monsieur de la sécurité du parlement européen

Le 19 mai dernier, la Commission européenne a officiellement enregistré l’Initiative Citoyenne Européenne (ICE) « Rights for Nature: Empower Citizens to Represent and Protect Ecosystems ».

Une décision qui marque une étape historique pour le mouvement européen des Droits de la Nature.

 

La Commission Européenne reconnaît ainsi que la proposition qui vise à accorder une personnalité juridique et des droits aux écosystèmes est compatible avec le cadre juridique de l’Union européenne.

 

La campagne de collecte de signatures pourra ainsi être lancée à l’automne prochain.

L’objectif est de réunir un million de signatures dans au moins sept États membres, pour demander l’adoption d’une directive européenne permettant de mieux protéger les rivières, forêts, zones humides et autres milieux vivants en leur reconnaissant des droits propres.

 

BatoLabo est partenaire de cette dynamique aux côtés de l’Internationale des  Rivières, de Notre Affaire à Tous, Rechte Der Natur, entre autres, et on se réjouit de cette avancée !

A titre symbolique, nous avons effectué un prélèvement d’ADN environnemental de l’Ill, devant le Parlement européen.

Rightsofnature.eu

Suivez BatoLabo en direct

Nous avons mis en ligne une carte participative et libre sur UMAP afin de permettre à chacun·e de suivre l'avancée de BatoLabo sur les voies navigables européennes.

Vous pouvez y consulter notre position, les étapes déjà parcourues. Nous y rajouterons les prochaines étapes et escales. Nous essaierons d'y ajouter photographies, récits de navigation, rencontres et autres traces de cette aventure fluviale. Le rythme du bord ne nous laisse pas toujours beaucoup de temps pour documenter le voyage en temps réel, mais nous alimenterons la carte dès que possible. En attendant, elle constitue le meilleur moyen de savoir où se trouve actuellement l'équipage et de suivre sa progression vers le Danube.

↓ Cliquez sur l'image pour consulter la carte ↓

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https://www.helloasso.com/associations/grottes-production/collectes/soutenir-batolabo-2026 

 

Cet argent va servir très concrètement à financer du temps de travail, des résidences artistiques et le fonctionnement du bateau.

 

Et tout cela prendra forme en spectacle, en textes, en images, en films, en dessins.

Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi relayer autour de vous, Ă  quelques personnes que cela pourrait toucher.

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Pour cette année 2026, BatoLabo reçoit le soutien financier de Bourges 2028, du Fond Franco-Allemand pour la Citoyenneté et du réseau des Maison des Sciences de l'Homme. 

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