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éditorial – les passagères du monde
Nos vies défilent selon la cadence des événements, les éblouissements se présentant et le silence réconfortant des nuits. Sans le savoir, nous sommes des points fixes ancrés sur un paysage face à un mouvement dont nous ne percevons pas le déplacement.
La préoccupation du lendemain guide nos pas et le quotidien s’inscrit dans la répétition des gestes, des amours, des haines et du désarroi.
Voyageurs, voyageuses immobiles, nous traversons nos existences, locataires d’une planète se déplaçant à une vitesse phénoménale dans le vide. De fait, nous ignorons les grandes lignes et l’empreinte de ce voyage, de tous les voyages, jusqu’à leurs destinations incompréhensibles.
C’est peut-être une des raisons de l’existence de l’art.
Ce moment particulier de création est l’instant où une personne humaine s’arrête et observe, consciente de son immobilité et de la fragilité du regard posé sur ce qui est autre, différent, beau, étonnant ou vivant.
Catherine Meyer et Anne Ramseyer ont réalisé cet acte d’attendre, de voir, puis de restituer les perceptions emmagasinées ou saisies par un appareil photographique ou par les traits nerveux d’un crayon déposés sur le papier. Assises dans le wagon d’un train, attrapant brièvement le défilement des paysages, la vibration statique des gouttes de pluie sur la vitre, le maussade ou la limpidité de l’air, elles dévoilent le singulier et personnel de chacune face à ce décor que l’on nomme le monde.
Ce monde est ce qui se voit, depuis la fenêtre, une montagne plus haute que les autres, une rue et ses lampadaires, une histoire rapportée par un ami et le silence propice à l’émergence de l’imaginaire.
Ce monde est multiple et sensible, il arrache le cœur dans les décombres des pays en guerre, apaise les âmes lorsqu’une main se tend, ruine l’avenir par l’intransigeance et la gloire des propriétaires, mais le monde reste le monde.
Je ne sais pas si la beauté sauvera le monde, comme l’affirment certains, par contre, je sais que la beauté existe et que ce miracle doit se partager, fût-il une petite parcelle oubliée ou une miette tombée sur le sol.
Nous accueillons au Cargo, durant le mois de juin, les travaux de Catherine et de Anne, deux passagères du monde.
Yves Robert
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