Editorial : Classement mondial de la liberté de la presse

La Suisse 8e mondiale, une bonne nouvelle à nuancer

Photo: Keystone-SDA

Chères amies, chers amis de RSF Suisse,

Dans le nouveau Classement mondial de la liberté de la presse, la Suisse gagne une place et se hisse au 8e rang mondial. Dans la catégorie où la liberté de la presse est jugée comme « plutôt bonne » (et non «bonne»), elle occupe la première place. Cette progression est toutefois davantage due au recul du Portugal qu’à une réelle amélioration de la situation en Suisse.

L’indicateur relatif au cadre légal de la liberté de la presse en Suisse reste un point faible et empêche notre pays de faire partie de la première catégorie du Classement, celle des pays où la situation de la liberté de la presse est qualifiée de « bonne ». Si l’on se réfère uniquement à l'indicateur légal, la Suisse occupe la 18e place. Cela tient principalement à trois questions qui restent en suspens : l’article 47 de la loi sur les banques, les mesures provisionnelles et les procédures-bâillons ainsi que la régulation des plateformes numériques, qui ne contient aucune disposition protégeant les contenus journalistiques. Le vote du 8 mars (rejet de l’initiative «200 francs ça suffit» à 62%) constitue néanmoins un signal très positif

Dans un contexte mondial qui voit la situation de la liberté de la presse se détériorer dans une mesure sans précédent et subir tout particulièrement d’inquiétantes restrictions législatives et juridiques, la Suisse devrait se sentir un devoir d’exemplarité. Elle en aurait la vocation, tant la défense des droits humains et des libertés fondamentales fait partie des valeurs qu’elle ne cesse de défendre à l’extérieur de ses frontières. Elle en aurait aussi les moyens : démocratie solide et pacifiée, Etat de droit stable et fiable, la Suisse aurait tous les atouts en mains pour devenir un modèle d’excellence en matière de liberté de la presse. Il est temps pour notre pays d’abandonner la frilosité qui le pousse par exemple, à défendre son secret bancaire contre la curiosité des journalistes dans une mesure qui touche au ridicule.

Denis Masmejan, secretaire général RSF Suisse

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Zoom sur la liberté de la presse dans le monde en 2026

Le Classement mondial 2026 en cinq chiffres clés

 

Pour la première fois dans l’histoire du Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), plus de la moitié des pays du monde sont en situation « difficile » ou « très grave ». En 25 ans, le score moyen de l’ensemble des pays étudiés n’a jamais été aussi bas. Le développement d’un arsenal législatif de plus en plus restrictif, notamment lié aux politiques de sécurité nationale, vient, depuis 2001, éroder le droit à l’information, jusque dans les démocraties. L’indicateur légal est celui qui baisse le plus cette année, signe d’une criminalisation croissante du journalisme. Et les Amériques connaissent une évolution significative, les États-Unis perdant sept places tandis que plusieurs pays d’Amérique latine plongent dans la spirale de la violence et de la répression.
Lire l'analyse globale de la liberté de la presse en 2026

Les évolutions du Classement

Qui monte, qui descend ? 

Tour du monde de la liberté de la presse : les analyses régionales

La criminalisation du journalisme

Des lois contre la presse

Photo: Steve Rhodes

L'indicateur légal est celui qui a le plus baissé cette année dans 110 pays sur 180. Vingt-cinq ans après le 11 septembre 2001, l'extension du secret défense et des lois antiterroristes est devenue un outil mondial pour réduire au silence les journalistes y compris dans les démocraties. Ce phénomène de « lawfare » se concrétise dans de nombreux pays : lois sur les agents de l'étranger (Salvador), décret sur les fausses informations (Tunisie), lois sur le secret d'Etat (Japon), accusations de terrorisme (Philippines, Ethiopie). Un phénomène qui frappe aussi, des pays mieux classés comme la France (25e) et la Suisse (8e) avec le fameux article 47 de la loi sur les banques helvète.

Les évènements à venir

📌 30 avril : Soirée organisée par RSF Suisse à Berne, à l'occasion de la publication du nouveau Classement mondial de la liberté de la presse de RSF

À l'occasion de la publication du nouveau Classement mondial de la liberté de la presse de RSF, nous vous invitons chaleureusement à notre événement à Berne, où nous discuterons des défis du journalisme en zones de conflit. Nous sommes heureux de vous annoncer la présence de Serge Michel (heidi.news), Monika Bolliger (Republik) ainsi que Luzia Tschirky (indépendante) et Sacha Meuter (Fondation Hirondelle).

🔗 Les inscriptions sont désormais fermées.

📌 21 mai : Table ronde - Devant la douleur des autres

Nous organisons, en collaboration avec le Musée Photo Elysée, une table ronde qui vise à questionner le photojournalisme en zones de guerre. Comment montrer l’immontrable? ​Où se situe la limite de la morale et du supportable?​ Comment montrer la douleur dans un contexte muséal? ​Matthias Bruggmann (photographe), Valérie Gorin (directrice de la formation au Centre d’Etudes Humanitaires de l’Université de Genève), Nathalie Herschdorfer (directrice Photo Elysée) et Chloé Sharrock (photographe) seront présents pour en discuter. La modération sera assurée par Isabelle Cornaz, présidente de RSF Suisse. 

🔗 Plus d'informations et inscription

📌 23 et 24 mai : Presstival à Bienne

RSF Suisse sera également présente lors de la deuxième édition du Presstival, le festival du journalisme de la scène médiatique romande. Au cours de deux discussions, nous aborderons principalement la situation de la liberté de la presse aux États-Unis avec Benjamin Grazda, chargé de plaidoyer pour le bureau de RSF à Washington. Nous y tiendrons également un atelier « cybersécurité » destiné aux journalistes avec Nicolas Diaz, responsable de la cybersécurité au siège de RSF à Paris et Sascha Buchbinder, expert en cybersécurité pour les journalistes en Suisse et membre du comité de RSF Suisse. De plus, nous tiendrons un stand au Presstival tout au long du week-end.

🔗 Plus d'informations


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