Bex Arts : Pourquoi ce parc est-il un lieu si particulier ?
Julien Réchautier : Le parc de Szilassy est un lieu unique de part de la réunion de plusieurs dimensions rarement présentes dans un même site : patrimoine historique, richesse botanique et dialogue avec le grand paysage. Conçu au milieu du 19ᵉ siècle dans
l’esprit des jardins anglais romantiques, il mêle une nature savamment orchestrée
à une impression de nature idéalisée. Les chemins en courbe, les clairières, les bosquets
et les vues cadrées créent une succession de scènes paysagères qui dialoguent tout
au long du parcours avec les montagnes.
Son identité est enrichie par l’introduction de nombreuses essences exotiques issues
des grandes explorations botaniques européennes. Le parc devient ainsi un véritable
jardin de collection, où chaque arbre raconte une histoire.
Il possède aussi une dimension émotionnelle particulière : il donne le sentiment
d’un lieu sans limites, ouvert sur le sublime des Alpes, tout en offrant une atmosphère intime et protégée. C’est cet équilibre entre proximité et immensité qui fait du parc un espace profondément singulier.
Bex Arts : Comment prend-on soin d’un tel lieu ?
Julien Réchautier : Prendre soin du parc de Szilassy, c’est s'inscrire dans la durée,
dans le respect de son histoire, de sa structure paysagère et de l’esprit du jardin anglais, tout en veillant à préserver ses qualités écologiques.
Cela implique un suivi attentif du patrimoine arboré, le renouvellement des essences de collection, la protection de certains bois morts comme habitats pour la petite faune, ainsi que la gestion écologique des prairies, gérées sans engrais ni semences importées afin
de maintenir une grande biodiversité.
L’entretien comprend aussi la restauration et la préservation des éléments construits
comme des murs en pierre sèche, cheminements, escaliers, belvédères, serres et fabriques,..., ainsi que le contrôle des essences invasives comme l’acacia, l’ailante ou
la vergerette. Enfin, intervenir avec discrétion est une règle fondamentale : dans un jardin anglais, le geste doit rester presque invisible afin de préserver l’illusion d’une nature libre
et spontanée.