ASD - Lettre d'information ASD #06 - Janvier 2026

Édito

Raconter juste, agir court, tenir long

Chères et chers membres et lecteurs,

A l’occasion du salon « Le Livre sur les Quais » à Morges, en septembre dernier, l’ASD a rencontré trois voix singulières : Laura Gamboni, Marie Houriet et André Hoffmann. Ces échanges ont nourri les entretiens publiés dans cette newsletter et font apparaître un fil commun : partir de l’intime pour éclairer l’action collective.

D’abord, la place du récit. Quand le doute est assumé et raconté, il devient ressource : une histoire précise, ancrée dans des lieux et des gestes, ouvre davantage de possibles qu’une déclaration de principe. Ensuite, le pragmatisme des petits pas. Mieux vaut commencer là où l’on est, avec les compétences et les partenaires disponibles, mesurer sobrement et apprendre en avançant. Enfin, la lucidité face aux mirages. Ni solution miracle ni promesse hors-sol : la crédibilité se voit dans le temps, l’argent et l’attention que l’on consacre aux priorités, pas dans la longueur des rapports.

Ces trois leçons parlent à nos organisations romandes. Elles invitent à relier la performance à ce qui la rend possible : des équipes engagées, des liens de confiance, des ressources naturelles préservées, et à privilégier des indicateurs qui déclenchent réellement des décisions. Elles suggèrent surtout de cultiver des coalitions locales : collectivités, entreprises, écoles, financeurs. C’est là que se fabriquent les preuves qui rassurent et donnent envie d’accélérer.

En écho, André Hoffmann rappelle une boussole particulièrement utile pour les PMEs : penser la valeur à travers quatre capitaux : financier, humain, social et naturel, pour éviter les angles morts. 

Tenir le cap, même quand l’époque incite à la prudence, c’est créer de la valeur durable ici et maintenant.

Sur ces conseils pragmatiques et pleins de bons sens, le comité de l’ASD vous adresse ses meilleurs vœux pour 2026 et se réjouit de vous retrouver au travers des rencontres inspirantes et porteuses de solutions qui se profilent.

Merci pour votre confiance et votre engagement 💚

Le comité de l'ASD

Au sommaire...

Dans cette lettre d’information #6, nous explorons trois principes essentiels : raconter juste, agir court, tenir long. Explorons comment assumer le doute et le partager, préférer les petits pas pragmatiques et construire la crédibilité dans la durée.

  • Prospérité durable : sortir de la myopie du court terme, entretien avec André Hoffmann (Roche)

  • Dorénavant... Entretien avec Marie Houriet 

  • Aux gens qui doutent... Entretien avec Laura Gamboni

  • Retour un évènement...

  • Des nouvelles des galets ASD

  • Focus sur le Comité de l'ASD

"Prospérité durable : sortir de la myopie du court terme"

Entretien avec André Hoffmann (Roche)

Les 4 points clés de cet article :

•💡Eviter les angles morts.
Penser la valeur à travers quatre capitaux: financier, humain, social, naturel, pour éviter les angles morts.

•🤝 Faire société au niveau local.
Créer des coalitions avec clients, banques, écoles et collectivités afin de partager les coûts et tester des solutions utiles.

•🌱 Passer d’un modèle extractif à un modèle régénératif.
L’enjeu n’est pas seulement écologique : il inclut la dimension sociale et humaine pour créer une valeur durable.

•🔑 La crédibilité se mesure dans les actes.
Une stratégie se juge à la manière dont l’entreprise apprend, réalloue ses ressources et transforme les risques en opportunités.

Dans Une prospérité durable, André Hoffmann propose une boussole simple et exigeante : repenser l’entreprise comme un acteur qui crée de la valeur dans un écosystème – humain, social et naturel – plutôt qu’au‑dessus de lui. Au fil d’un échange avec l’Association des Spécialistes de la Durabilité (ASD), il défend une vision très opérationnelle : la durabilité n’est ni une couche bureaucratique ni un slogan, mais un meilleur outil de décision pour allouer le capital sur le long terme.

En quoi la "nouvelle nature de l'entreprise" diffère-t-elle du capitalisme classique ?

André Hoffmann commence par une question de fond : qu’est‑ce qu’une entreprise ? Si l’on se limite à la maximisation du profit trimestriel, on tombe dans une "myopie" qui ignore l’interdépendance entre l’activité économique et le système qui la rend possible. Il ne s’agit pas d’ajouter de la durabilité, mais de déplacer la focale : l’entreprise fait quelque chose en commun, avec et pour la société, et sa performance financière durable est la conséquence d’une bonne gestion des autres formes de capital. Il insiste : le statu quo a créé de la prospérité, mais il n’est pas sûr pour l’avenir. D’où l’appel à changer d’attitude managériale, sans promettre de recette unique ; et à juger la qualité d’une entreprise à l’aune de sa capacité à créer de la valeur qui tienne dans le temps.

Interrogé sur l’évolution du contexte, il note que certaines entreprises à travers le monde parlent moins ouvertement de leurs démarches par crainte de polémiques, mais elles continuent à agir là où cela compte : dans les décisions d’investissement, la gestion des risques et l’amélioration des pratiques opérationnelles. La question n’est pas de militer, mais d’apprendre à mieux gérer dans la durée.

Comment rendre opérationels les quatre capitaux (humain, social, naturel, financier) ?

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Dorénavant...

Entretien avec Marie Houriet - autour de son roman Dorénavant

Les 4 points clés de cet article :

•📚 Un roman né d’un choc climatique.
Dorénavant explore le passage du deuil à l’action face à la crise écologique, en travaillant l’émotion plutôt que la prescription.

•🎭 La fiction comme levier de transformation.
L'autrice donne une place aux émotions – peur, refus, acceptation – pour ouvrir la voie à des choix concrets.

•⚙️ Les limites des solutions techniques.
Le récit montre qu’aucune solution miracle ne suffit : la transition exige cohérence et tissage patient entre techniques, institutions et cultures.

•🌍 Rendre la sobriété désirable.
Parler vrai, commencer modestement et réutiliser les compétences existantes : trois leviers pour engager sans sidération ni cynisme.

Dans cet échange Marie Houriet revient sur la genèse de Dorénavant, un roman né d’un choc émotionnel face à la crise climatique et écrit sur un temps long. Elle y explore un passage du deuil à l’action, la place des récits pour orienter l’imaginaire collectif, et ce que l’entreprise peut faire à hauteur d’humain : dire la vérité sur le danger, commencer quelque part sans se paralyser et réutiliser les compétences existantes vers des activités compatibles avec la transition. L’entretien met en lumière les limites d’une réponse uniquement technologique et interroge la façon de rendre désirable un futur sobre, en inventant d’autres rêves plutôt que de céder au cynisme.

Qu’est-ce qui a fait de la crise climatique le coeur de Dorénavant ?

Marie Houriet — J’ai véritablement basculé fin 2018, en entendant l’intervention de Greta Thunberg avant une COP. Le changement climatique existait évidemment déjà dans l’espace public, mais cet instant a agi comme une gifle : un événement médiatisé peut parfois rendre tangible une réalité qui, jusque‑là, ne nous atteignait pas avec la même force. J’ai eu peur pour mes deux filles — elles étaient encore jeunes — et, plus largement, pour la suite du monde tel que nous l’avons connu. S’en est suivi un long temps de lecture et de maturation. J’écris lentement, et pour que l’écriture d’un livre tienne quatre ans, il me faut un sujet qui m’aimante presque de manière obsessionnelle. Ce point de départ, pour moi, a été l’intuition que notre monde de confort — celui d’une société prospère, mobile, très connectée, telle que nous l’avons vécue en Suisse — pourrait ne pas durer. Si, dans vingt ou trente ans, notre quotidien devait être très différent, il y avait là un deuil à faire. Accepter cette idée a suscité vertige et résistance : à quoi renoncer ?

Pourquoi avoir choisi la fiction plutôt que l'essai pour parler de transition ?

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Aux gens qui doutent...

Entretien avec Laura Gamboni, autrice du roman choral Aux gens qui doutent 

Les 4 points clés de cet article :

•📖 Un roman choral pour explorer la transition.
Aux gens qui doutent tisse quinze voix dans un écoquartier, révélant des tensions entre convictions, éco-anxiété et vie ordinaire.

•🤔 Le doute comme ressource.
Loin d’être un frein, le doute devient moteur d’empathie et garde-fou contre les solutions simplistes ou le greenwashing involontaire.

•🏙 L’écoquartier, entre promesse et réalité.
Ce cadre pensé pour la durabilité, est traversé par des usages différenciés et des paradoxes humains qui interrogent la cohésion sociale.

•🌱 Le pouvoir des récits pour agir.
Des histoires qui donnent envie d’avancer – gestes concrets, liens tissés, horizons désirables – transforment l’inquiétude en engagement.

L’ouvrage, situé dans un écoquartier pendant l’année 2018–2019, tisse une quinzaine de voix et explore la tension entre convictions, éco‑anxiété et vie ordinaire. Au fil de l’entretien, l’autrice revient sur sa trajectoire (études de lettres, dix ans dans le milieu culturel, puis l’enseignement du français à Lausanne), la place du doute, les dynamiques collectives et la force des récits capables de relier au vivant.

Pourquoi avoir voulu écrire sur le doute et la transition dans Aux gens qui doutent ?

Laura Gamboni raconte d’abord un parcours où l’écriture et l’observation du monde se répondent. Après des études de lettres à Lausanne et une décennie dans le milieu culturel (danse et théâtre, compagnies indépendantes), elle revient à l’écriture, publie un premier roman, puis se tourne vers l’enseignement du français. Ce va‑et‑vient nourrit une sensibilité particulière aux personnes et aux situations. L’idée initiale d’Aux gens qui doutent tient à la pluralité des points de vue : elle veut donner accès à une réalité multiple à travers une quinzaine de personnages d’âges et de milieux variés, sans héroïne ni héros central.

Le doute vécu comme un frein à se positionner quand on comprend trop bien les autres, devient progressivement une ressource : un moteur créatif, un exercice d’empathie, une façon de résister aux opinions tranchées. Une inflexion nette survient en 2018, avec la prise de conscience des enjeux climatiques et l’éco‑anxiété qui l’accompagne. L’autrice veut en parler, mais sans théorie sèche : elle choisit donc un écoquartier comme cadre, et l’année 2018–2019, moment charnière marqué par la diffusion des mobilisations et déclarations d’urgence climatique. Elle montre alors comment, dans l’intimité des vies, ces prises de conscience naissent… ou pas. Cette structure chorale permet de faire résonner l’intime et le social : la complexité des trajectoires, les paradoxes quotidiens et les points de bascule qui transforment une inquiétude en récit d’action.

L'écoquartier est à la fois inspirant et un peu "entre soi". Qu'est-ce que cela dit, plus largement, de notre manière d'être "durables"?

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Retour sur ...

CEO & CSO : un tandem clé pour accélérer la transformation durable

Le 29 janvier 2026, en partenariat avec Swiss Clean Tech, l'ASD a organisé une rencontre exclusive pour les membres de ces deux organisations.

Au programme : "CEO–CSO : une collaboration essentielle pour inscrire la durabilité au cœur de l’entreprise"

👉Le CSO pour sa part s’engage à relever un défi transversal : rendre la durabilité concrète, utile et intégrée aux métiers. Il a pour mission de motiver, convaincre, challenger, tout en gardant le cap sur des objectifs clairs. 

👉Pour le CEO, recruter un CSO revient à chercher un chef d’orchestre, certe expert métier, mais qui va surtout embarquer les équipes.
 
Or parfois le collectif n'est pas toujours aligné et le CSO se retrouve dans une barque où certaines personnes rament à contresens, malgré les directives et le soutien du CEO.
 
Alors comment garder le cap ? Les 40 CSO présents se sont posé ces questions dans trois ateliers distincts. Les échanges ont été riches et constructifs, florilège :
  • La relation entre CEO et CSO est au cœur de la transformation durable et se construit donc sur un socle commun : contribuer à la résilience et à la robustesse de l’entreprise.
  • Le CSO doit maîtriser l'art du caméléon : pour convaincre les métiers il doit reconnaître leurs problématiques et réinventer le narratif en fonction de ses interlocuteurs.
  • Et enfin le CSO doit s'armer de qualités essentielles : persévérance, résilience et lucidité.

En conclusion, la transition durable dépasse largement le cadre normatif : c’est un véritable projet d’entreprise, culturel, stratégique et transversal, qui ne peut réussir que grâce à une collaboration étroite et alignée entre le CEO et le CSO, duo essentiel pour transformer l’organisation en profondeur et dans la durée.

Merci à Florence Schmidt, CSO Romande Energie, Christian Petit, Fondateur et gérant Advisum Consulte, membre du comité directeur swisscleantech, Candice Vogt, Responsable Logistique & RSE Piguet Galland, présidente de l’Association des Spécialistes de la Durabilité, Jochen Peter Breuer, Founder & Inspirator JPB & Friends, Emilie Le Dret, Membre du comité de l’Association des Spécialistes de la Durabilité et Cédric Junillon, Fondateur WattEd pour leurs interventions et l'animation des ateliers.

   Save THE Date !

🌸Aux membres de l'ASD🌸

👉Mardi 10 mars 2026 se tiendra l'assemblée générale de VOTRE association (une convocation officielle vous sera envoyée dans le courant du mois de février).

Cet événement sera l'occasion de revenir sur les activités de 2025, de vous présenter les projets des différentes commissions pour 2026, et d'échanger sur "comment VOUS voyez le futur de l'association".

Nouveauté cette année : afin de permettre à un maximum de membres de participer, l'AG sera organisée en présentiel, en duplex, à Genève et à Lausanne. 

 

Des nouvelles des #GaletASD

Depuis l'AG de l'ASD du 11 mars 2025, déjà 10 porteurs de galets nous ont partagé les actions durables implémentées en entreprise ou dans leurs vies privées.

Après nous avoir parlé influence et formation, Santé Sécurité au Travail et qualité de l'air, Digital clean up week et Numérique responsable, compostage ou comment faire d'un déchet une ressource, mobilité douce et Bike to Work, inclusion et engagement solidaire, et partage du savoir de nouvelles actions durables, les porteurs du galet de l'ASD ont co-créé autours de solutions innovantes, étendu notre communauté outre-Sarine, partagé leur mise en cohérence pratiques vs convictions.

Vous allez forcément voir passer ces galets parmi vous, nous attendons avec impatience vos récits inspirants sur LinkedIn !!

Focus sur ... le comité de l'ASD

Le comité de l'ASD c’est l’atelier où les idées fusent, où les projets structurant se co construisent, où les décisions se prennent. Au total 16 séances de comité ont été organisées en 2025, tôt le matin, ou à midi, en visio ou en présentiel (leurs péférées!).
 
C'est aussi 11 hommes et femmes engagés au service des plus de 100 membres qui constituent la communauté de l'ASD. 
 
Merci à vous, membres et partenaires, pour cette énergie créative que vous leur inspirez et qui se renouvelle à chaque échange, chaque projet, chaque idée partagée.

 

POURQUOI adhérer à l'ASD ?

Vous vous sentez isolé dans votre organisation, vous souhaitez partager vos victoires et vos difficultés, vous aimeriez savoir comment ça se passe en matière de durabilité dans les autres entreprises, vous avez besoin de monter en compétences sur certains sujets...

Rejoignez notre dynamique communauté romande des spécialistes de la durabilité. En 2024, nous nous sommes fédérés afin de partager nos expériences et faciliter notre montée en compétences.

Venez participer à des ateliers, des conférences, des formations, ou les animer. Et partagez vos connaissances et expériences dans notre lettre d'informations. 

En mobilisant nos forces et en professionnalisant nos pratiques, nous dynamisons notre rôle d’ambassadeurs et de moteurs de la transition vers des modèles d’affaires durables et responsables

Devenez membre !

Si vous souhaitez adhérer en tant que membre individuel (personne physique), c'est ICI.

Si votre entreprise souhaite adhérer afin de donner accès à nos évènements à ses collaboratrices et collaborateurs (entre 3 et 6 selon la taille de l'entreprise), c'est ICI.

Nos valeurs, notre charte et notre règlement sont consultables ICI.

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Venez partager votre expertise !

Les matrices de double matérialité n’ont pas de secret pour vous, le bilan carbone est un jeu d’enfant, vous avez réinventé votre business model, le régénératif c'est votre passion ?

Parlez-en ! Nous organisons l’atelier dont vous êtes l’expert !

Contactez-nous sur contact@asd.eco et nous organiserons un évènement pour les membres de l’ASD.

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