Lettre d'octobre

La Fillo sous les arches parisiennes lors de la parade séquanaise de BatoLabo, le 16 octobre 2025 (photo :J.-F. Fayolle).

De l’eau a coulé sous la coque ! Depuis presque deux mois, BatoLabo se meut dans un univers de rivières et de canaux. Et ce qui était projeté, aussi précisément, aussi anticipé que ce soit, se retrouve naturellement secoué par l’itinérance, les vicissitudes du voyage, les déconvenues, les ouvertures. 

Et c’est sacrément beau !

À quoi ressemble ce BatoLabo, aujourd’hui : un dispositif, un laboratoire, un observatoire, une scène flottante ? Nos derniers mots sont écrits ce jour depuis notre chère Fillonnerie, qui nous emmène et nous protège de l’âpreté de l’hiver jurassien (hé oui, il est déjà là !).

Où en sommes-nous ? Cher·e·s lecteurs et lectrices, cette lettre est longue et elle ne raconte qu’un fragment de ces innombrables et ineffables instants de notre navigation, traversée de rencontres d’éclusier.ère.s et de batelier.ès, d’éclats de rires, de révélations, de rayons de soleil, de frayeurs, de surprises. Ainsi, nous avons fait le choix parfois d’assouplir le cadre que nous nous étions fixé et ce par souci de cohérence avec ce que nous livre ce voyage dans notre vie et dans celle de ceux que nous rencontrons sur notre chemin.

Cette rivière qui chante, qui crie, qui se tait, se lamente et revendique ses droits ; ce canal moribond et en désuétude… nous avons une matière très riche que nous sommes en train de mettre en mots, en sons, en dessins. En voici seulement une partie, structurée chronologiquement par le récit de nos escales. Il faut dire que nous n’avions pas imaginé qu’un tel mouvement sur le réseau hydrographique demanderait autant d’investissement dans la vie quotidienne, l’intendance et le passage d’écluses.

Nous tâchons ici de rassembler un petit bouquet aussi élégant et représentatif que possible du champ très fleuri de notre voyage. 

“Hého le BatoLabo, mais où êtes-vous ?”

Voici donc un peu plus de clarté quant au nouvel itinéraire emprunté. Certes, pour rejoindre Strasbourg depuis la Seine, il existe un chemin bien plus court, le canal de la Marne au Rhin. Celui-ci a fermé ses portes, ce qui nous a amené non sans joie à emprunter le canal Champagne Bourgogne, en direction de Besançon. Puis, comme vous pouvez le voir sur la carte, nous naviguerons sur le Rhin avant de poser nos pénates dans la capitale alsacienne pour l’hiver.

Retour sur les escales d'octobre 

Juvisy-sur-Orges

 

La Péniche Associative Alternat, représentée par Eric Sapin a accueilli à couple le bateau les 13 et 14 octobre derniers. 

C’est un bateau construit pour la paix, pendant la guerre froide. Il avait vocation lui aussi à naviguer dans les eaux intérieures européennes. Il continue à parler de la notion de paix par des ateliers pour les enfants. Pour plus d’infos c’est ici : https://www.penichealternat.org/ 

Lors de cette escale, nous avons eu à bord de la Fillonnerie un "Café Fillo" : un plateau-débat filmé avec comme intervenant.e.s Marine Yzquierdo, avocate et spécialiste des droits de la nature, Thomas Brail, éducateur grimpe d’arbre et militant mobilisé dans les arbres contre le projet de l’A69 près de Toulouse, Julien Le Guet, batelier et militant mobilisé contre le projet de méga bassines dans les Deux-Sèvres et l’équipage BatoLabo, le tout, animé par Guillaume Mezières et filmé par Elise Charbey à l'intérieur du bateau. Des discussions passionnantes sur l'engagement citoyen, les luttes pour le vivant et les droits de la nature ! 

Nous mettrons en ligne le café Fillo prochainement.

S’en est suivi un temps avec les habitant.e.s des péniches de Juvisy, pour un repas partagé et une belle soirée au doux son de flûte !

Un grand merci à toutes les personnes qui nous ont livré leur histoire, qui ont rejoint le bord, avec qui nous avons partagé un instant. BatoLabo navigue pour créer du lien entre les communautés fluviales et tente, en récoltant les histoires et témoignages peu visibilisés de contribuer à un meilleur équilibre entre les humains, les autres qu’humains et leur milieu de vie en partage, pour des rivières vivantes !

 

Café Fillo suivi d'un repas partagé sur la péniche Bali (photo : Chloé Löwy-Girardeau)

La traversée de Paris

Marco alias Beat Matazz et Chloé de BatoLabo alias Löwy se sont associés pour un featuring. Costumé.e.s en aigrette et blaireau, ces artistes ainsi que tout l’équipage -également costumé- ont proposé une parade musicale du peuple de Loire à la rencontre du peuple de Seine.

Nanterre

Vendredi 17 octobre dernier, nous étions accueilli·e·s par la MSH Mondes à Nanterre pour une journée scientifique dédiée aux fleuves Loire et Seine. La confluence thématique a été riche et a rassemblé une trentaine de personnes.

Avec une archéologue subaquatique et un ethnologue, chargé·e·s de l'inventaire du Patrimoine au Ministère de la Culture, nous avons échangé sur le Patrimoine Culturel Immatériel comme catégorie d'action collective en faveur de la diversité culturelle et biologique, deux aspects qui sont souvent très liés. D'ailleurs un inventaire des savoirs écologiques est en préparation par un laboratoire du Muséum National d'Histoire Naturelle.

L'équipage de BatoLabo a pu détailler l'imbrication des aspects scientifiques, citoyens, artistiques et nautiques du projet, et la manière dont nous les avons fait vivre depuis son lancement le 1er Septembre. On a aussi présenté, avec nos partenaires des 6 Maisons des Sciences Humaines (MSH) impliquées, le "Fluvioscope" : cette recherche sur la santé des fleuves en Europe permettra d'embarquer des binômes artiste-scientifique à bord du BatoLabo en 2026. Réponse du jury du Réseau national des MSH fin Novembre. On vous tient au courant ! 🤞

Une historienne de l'environnement et une politiste du Piren-Seine nous ont exposé leurs travaux sur l'évolution des indicateurs sociaux et chimiques de la santé de la Seine. Nous avons discuté ensemble des conditions sociales, politiques et sanitaires de la baignade en Ile-de-France... qui varient beaucoup entre Paris et la banlieue.

On adore la Loire, mais ça nous a fait beaucoup de bien d'entendre parler des enjeux d'un autre fleuve (et ça ne fait que commencer!). Saviez-vous par exemple que les sources de la Seine appartiennent à la Ville de Paris ?

 


Journée scientifique de BatoLabo à Nanterre le 17 octobre 2025 (photos : X.Rodier et J.-F. Fayolle).

L'Ile Saint-Denis

Samedi 18 Octobre, nous étions accueillis par la Ville de l’Île-Saint-Denis pour une journée de rencontres entre la Loire et la Seine, co-organisée avec Ars Longa et avec le soutien de l'Odyssée - Petit Bain.

C'était pour nous un moment fort dans notre volonté de rassembler lors de notre escale en région parisienne des personnes et collectifs engagés pour des fleuves vivants et pour la préservation de nos droits.

Le matin, une cinquantaine de personnes ont pris part à trois tables rondes sur la batellerie, sur les démarches arts-sciences et sur les droits de la nature. L'après-midi, nous avons mené des ateliers sur la démocratisation de la gestion de l'eau et des visites du bateau. Malo Patron, quant à lui, proposait un atelier d'écriture dans l'espace public. La compagnie l'Essoreuse nous a offert une performance dansée, éponges en main, comme essuyant la sueur du front des rivières en lutte.

La journée s'est terminée par du bon son, posé place des arts par Löwy alias DjAigrette qui a sorti ses meilleurs tubes pour clôturer la fête de la soupe organisée par La Fabrique des Impossibles.

Merci à toutes celles et ceux qui sont venu·e·s témoigner et nous rencontrer.

Lundi 20 octobre, avant de quitter l’île, nous avons été chercher de l’inspiration pour nos futurs modules de fête foraine low-tech du côté de la Briche Foraine, à Saint-Denis. Là, de nombreux artistes, créateurs et créatrices de décors, d’univers, de manèges, d’attractions en tout genre, imaginent et construisent depuis 2012 des fêtes foraines artisanales. En serpentant entre ateliers et hangars, au milieu de rouages et d’objets éclectiques, nous avons fait la connaissance de “Jojo”, qui nous a parlé d’un jeu de sa conception. Le “baby-flotte”, est un baby-foot aquatique où les joueurs et les joueuses activent des figurines de sirènes et de tritons pour se disputer un ballon flottant dans une petite valise remplie d’eau !

Table ronde à la Maison des Initiatives Citoyennes de l'ïle Saint-Denis et performance de la compagnie L'Essoreuse (photo Chloé Löwy-Girardeau), Dj set de DjAigrette pour clôturer la Fête de la soupe (photo Jean-Louis Girardeau)

Ce dessin a été réalisée par l'illustratrice Clémence Mathieu.

Pour consulter l'intégralité du journal dessinée de cette journée, cliquez ici

de Chatou à Conflans, rencontres d'associations fluviales

En naviguant sur la Seine en aval de Paris, nous avons fait la rencontre de deux associations du patrimoine fluvial. Pour accueillir « la Fillonerie » les bénévoles de Sequana ont fait démarrer la chaudière de leur chaloupe à vapeur, sur le ponton de l’île des Impressionnistes à Chatou. Ils et elles nous ont fait visiter leur chantier naval associatif, où sont entretenues des embarcations de plaisance en bois, typiques du canotage du XIXe siècle : des périssoires, des canoës, des yoles et autres esquifs qui bordaient les guinguettes des bords de Seine, et dont les peintres impressionnistes ont notoirement fait le portrait. Sequana abrite aussi des embarcations plus récentes. L’une d’elle, cocasse, ne mesure pas plus d’un mètre et consiste en un réservoir de bombardier de la Wermacht, converti en mini-canoë pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Le hangar de l'association Sequana sur l'île des impressionnistes (photo : Chloé Lowy-Girardeau)

Quelques dizaine de kilomètres en aval, à Conflans Saint-Honorine, où l’Oise rencontre la Seine, nous avons fait la connaissance des bénévoles de l’Association des Amis du Musée de la Batellerie. Ils et elles nous ont invité à visiter le musée ouvert en 1967 sur initiative de Louise Weiss, journaliste et écrivaine, et François Beaudouin, ethnologue bien connu de la marine de Loire. Nous nous sommes amarré·e·s au Triton, un remorqueur des années 1950 que l’association bichonne. Le Triton parade chaque année pour la cérémonie du pardon des bateliers.

Non loin du Triton est amarrée une péniche peu banale, dont la devise « Je sers » atteste de son rôle cultuel. Depuis de 1936, ce bateau chapelle en ferro-ciment sert à l’office, en particulier pour la communauté batelière. Son rôle social ne se limite pas à cet aspect religieux, puisque l’ancien vraquier héberge aussi une salle conviviale, dont le plancher et le comptoir vernis constituaient un lieu d’accueil pour les familles nomades des fleuves, marginalisées du fait de leur mode de vie. Si vous voulez en savoir plus sur cette péniche, c'est par ici.

Les vitraux liturgiques remplacent les hublots de rigueur sur "Je Sers", bateau-chapelle amarré à Conflans Sainte-Honorine (photo : B.Maytraud).

Un "Fluviathlon" sur la Vieille Oise

Inspirée par les célèbres épreuves du « Rabouillathlon » qui se déroulent régulièrement sur la Loire à l’association « La Rabouilleuse - École de Loire », Romane a proposé d’organiser des jeux nautiques sur la Vieille Oise, lors de notre escale à Longueil-Asnel. Si vous n’aviez jamais vu un blaireau dans une chaise d’arbitre, suspendu au-dessus des flots, juger de la beauté des bouquets que lui ont ramenés trois équipages concurrents lors d’une épique course à la rame, il fallait venir samedi 25 Octobre sur La Fillo’ !

Bravo aux participant·e·s, et mille merci aux habitant·e·s de Longueil pour leur accueil si chaleureux. Le trophée, un lustre imitation cristal débordant de kitsch, glané dans la cache au trésor de nos hôtes, pourra être remis en jeu l’an prochain. À condition que les travaux du Méga Canal ne viennent pas détruire ce tronçon de la rivière. Deux semaines avant notre passage avait lieu à Longueil une grande manifestation contre ce projet d’aménagement ubuesque. Si beaucoup de « gens d’à terre » et de pénichard·e·s (des personnes qui vivent sur des péniches mais ne sont pas mariniers·ères) y ont exprimé leur opposition, la communauté marinière semble plus timorée. Les anciens et anciennes du métier que nous avons pu rencontrer, ou dont les paroles nous ont été rapporté, reconnaissent le caractère inadapté, donc inutile, de ce projet ficelé pour les grands gabarits, et qui, chose inédite, veut provoquer la fermeture pour deux ans du canal du Nord, le temps des travaux, avec report du fret en camion... D’autres y voient enfin un geste en faveur d’une profession sinistrée. Durant la visite du musée de la batellerie de Longueil, les images des dizaines de péniches à couple en travers du chenal, barrant la rivière pour protester contre le diktat des armateurs en 1933, nous ont fait songer : une telle action sera-t-elle un jour réitérée pour exprimer les désaccords légitimes contre ces projets écocidaires d’un autre temps (le Méga Canal est dans les tuyaux depuis plus de 30 ans, Greendock empeste le green washing et correspond à une vision dépassée du commerce …).

L’escale sur la Vieille Oise fut aussi l’occasion pour JIBD, animateur de l’émission « Polémix & la voix off » sur toutes les bonnes stations de radios associatives et indépendantes, d’interviewer des habitant·e·s qui se mobilisent contre ces projets aussi grandiloquents que destructeurs. Les fruits de cette interview, ainsi que les autres nombreux entretiens réalisé par l'ami JIBD au cours de sa résidence avec BatoLabo seront dipo cet hiver pour se tenir les oreilles au chaud.

Enfin, et pour finir sur une note plus heureuse, on a fait la rencontre de Thomas et Justine, revenus d’un voyage en vélo-canoë-camion de la baie de Somme au delta du Danube, et de Zoé et Sacha, qui créent leur « station curieuse », un atelier itinérant sur Kiev, leur péniche Freycinet.

 

Les courageuses équipes du Fluviathlon et son jury impartial posent pour la photo finale sur le pont de "la Fillo' ". Remarquez à gauche de l'image le très baroque trophée des champion·ne·s de la Vieille Oise (photo : JB Diaz).

Fluviathlon (Photo : C. Löwy-Girardeau)

Pour lire l'ensemble de cette partition graphique écrite par Samuel, suivez ce lien !

Vie quotidienne - Météo -

Résidence et équipage

 

Dans le beau bateau Fillo, le temps file si vite ! Et en ce mois d’octobre passé, nous avons eu beaucoup de chance avec la météo… et, en plus de l’équipage permanent (Basile, Chloé, Romane, Samuel), nous avons eu un équipage volant haut en couleur !

Notre acolyte Ninon Bardet -souvent sur terre- nous a rejoint pour la traversée parisienne avec Marco alias Beat Matazz.

L’équipe des Charpentiers d’Ieau, l’association du bateau, ont pu également venir à bord ! Hoël Jacquin, le co-concepteur et constructeur de La Fillonnerie himself et Lucien nous ont accompagné.e.s jusqu’à mi-octobre. Odile a pu venir un peu aussi. Leur départ était fort en émotion. La Fillonnerie qui a fêté ses 18 ans, n’a jamais été si loin de son port d’attache. Elle voit du pays pour sa majorité et elle reviendra avec plein d’histoires des peuples des rivières à raconter.

Nous avons eu aussi la chance d’accueillir les artistes Caroline Leroy, réalisatrice de documentaire et Quentin Dardoise, photographe pour une semaine de résidence embarquée. Affublé.e.s d’appareil photo argentique et d’une caméra ancienne -caméra Paillard Bolex 16mm- entre l’Île Saint-Denis et Longueil-Annel, nous aurons la chance de voir bientôt leur prises d’images ! 

 

Caroline Leroy, Quentin Dardoise et la Boule à Facette (photo : C Löwy-Girardeau)

Tadam! Le mat est baissé ? Qu'à cela ne tienne, la chèvre est dressée et le hunier gonfle (photo : Thomas).

Nous avons également eu le grand plaisir d’accueillir Elise Charbey, réalisatrice de documentaire pour nous suivre jusqu’à Paris, Jean-Félix Fayolles, photographe pour la remontée de Paris, Guillaume Mézières, journaliste scientifique pour animer le premier « Café Fillo », Jean-Baptiste Diaz, réalisateur de podcast pour récolter la parole des habitant.e.s des rivières. La communauté de Seine, rencontrée au fil de l’eau, Arnaud, Hélène et la communauté de Loire nous ont rejoint, Clément Sirgue de la Rabouilleuse, Maxime, Camille, et bien sûr, Mina qui fait un gros bout de chemin avec nous !

A l’intérieur du bateau, tous les espaces sont différents des espaces normés d’une maison. On s’y cogne souvent la tête, ou plutôt, nous rentrons souvent en contact avec la matière bois, ou encore, on se dit souvent « coucou » avec le bateau. Arnica indispensable. 

Pas d’eau courante, électricité sur batterie et avec panneaux solaires, espaces réduits : tout est précieux à bord, flux, relations humaines et avec les autres qu’humains ! C’est étonnant comme, sur le papier, peut-être ça peut ne pas faire rêver, pourtant il y a peu d’endroit dans ce monde moderne où l’on peut se laisser flotter et vivre comme hors du temps. Si vous avez une barque et des rames pas loin de chez vous, on ne peut que vous conseiller de tester…

Appelez l'Infoline !

Si vous voulez entendre nos voix, nos petites misères et nos grandes joies, appelez notre infoline au 07 45 63 93 64 ! Le téléphone est éteint, vous tomberez sur notre messagerie qui est actualisée chaque soir. On vous donne des anecdotes, des exclus, des nouvelles du bord, de comment on va, et d'où l'on se trouve !

 

Merci à toutes celles et ceux qui nous ont confié un fragment de leur histoire, et ont partagé quelques instants avec nous, dans l'amplitude de ce grand voyage que nous avons commencé.

Relier, prendre soin, transmettre. Des verbes si précieux et si fortement menacés de nos jours, par tant d’indifférence et de défaut d'attention. Nous essayons, avec nos modestes moyens, de nourrir ce travail de réparation et de re-connexion avec nos milieux de vie. Merci aussi à celles et ceux qui ont contribué.es au financement participatif de BatoLabo. On poursuit ce voyage grâce à vos dons.

Haut les cœurs les ami.e.s, nous sommes les rivières vivantes qui se défendent ! 🌊 ✊

Et à très bientôt !